Les milieux naturels du Haut-Rhône sont caractérisés par une grande diversité de végétaux dont de nombreuses espèces patrimoniales. La plupart d'entre elles se trouvent dans les zones humides. Ainsi, certaines d'entre elles encore fonctionnelles abritent la violette élevée, qui ne pousse que dans les prairies régulièrement inondées, ou  des espèces d'orchidées rares comme le liparis de Loesel, la spiranthe d’été ou l'orchis à fleurs lâches. Mais aussi la gratiole Officinale, la nivéole d’été, le séneçon des marais, le drosera à longues feuilles, la fritillaire pintade, …


Dans les forêts alluviales se trouveront plusieurs espèces typiques comme le peuplier noir et  l'épipactis du Rhône, une orchidée que l'on trouve principalement sur les ripisylves du fleuve. A noter la présence d'une deuxième orchidée, qui elle, est endémique des forêts alluviales du Rhône, l'épipactis du castor. Celle-ci n'a pas encore été trouvée sur le Haut-Rhône. Les populations connues se trouvent plus à l'aval, notamment dans l’Espace Nature des Iles et Lônes du Rhône.


Un peu plus en hauteur, les coteaux secs abritent des espèces qui se sont elles aussi adaptées à des conditions particulières. Parmi celles-ci, nous pouvons citer l'aster amelle qui ne fleurie qu'après les plus fortes chaleurs estivales ou encore le stipe pennée et ses plumeaux gracieux.



Focus sur quelques espèces patrimoniales du Haut-Rhône :

  • La fritillaire pintade

La Fritillaire pintade est protégée au niveau régional. Cette liliacée qui fleurit entre les mois de mars et mai, est un indicateur de milieu humide. Sur le territoire du Haut-Rhône, elle se rencontre au Marais de Lavours, au Méandre du Saugey mais survie également dans certaines peupleraies, milieu de substitution venu remplacer considérablement les zones humides relictuelles de la plaine du Rhône.

 La fritillaire pintade (1)
 C. Trentin

 La fritillaire pintade (2)



  • Le peuplier noir

Hôte emblématique des forêts alluviales autrefois abondant, le peuplier noir était largement utilisé comme bois d’œuvre ou pour le chauffage, mais aussi planté en ligne pour marquer des limites dans les secteurs mobiles, comme dans les îles du Haut-Rhône entre Brégnier Cordon (01) et Les Avenières (38), par exemple.


Mais la destruction d’une grande partie des forêts alluviales (endiguement du fleuve, extension des cultures, …), la surexploitation de l’espèce et la pollution génétique due à l’introduction du peuplier d’Italie par Napoléon, puis des peupliers hybrides à partir du 20e siècle, l’ont fortement fait régresser ! Un récent inventaire a tout de même permis d’en dénombrer 165* dans la Réserve Naturelle des îles du Haut-Rhône... Spécimens conservés jusqu’à nous, grâce à la forte longévité de l’espèce (plus de 400 ans), à son utilisation comme limite communale, puis par les mesures de conservation de la réserve.


Et, quelle chance ! A l’origine de la majorité des variétés hybrides cultivées, il est aujourd’hui employé dans les programmes d’amélioration génétique, permettant ainsi à la production de faire face au changement climatique, aux maladies et autres défauts induits par la recherche d’une croissance toujours plus rapide au détriment de la résistance. Par ailleurs, ses autres atouts : capacités à épurer l’eau et les sols pollués, fixation des berges grâce à des racines pivotantes (qui plongent dans le sol, et non pas traçantes en surface), … lui présagent un bel avenir.


Aujourd’hui considéré comme l’une des espèces d’arbres les plus menacées en Europe, il fait l’objet d’un programme national de conservation de ses ressources génétiques, engagé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Piloté par l’INRA d’Orléans depuis 1991, ce programme a permis de prélever des boutures sur les individus de la réserve pour permettre sa réintroduction et sa pérennisation sur le Haut-Rhône. Dans ce cadre, plusieurs plantations ont déjà été effectuées par l’Office National des Forêts dans la réserve (commune des Avenières), mais aussi par la Compagnie Nationale du Rhône sur plusieurs de ses parcelles.


* Unique population d'origine du Haut-Rhône avec sans doute encore quelques individus dispersés sur le territoire.

Le peuplier noir
J- M. Mériaux, agent patrimonial à l'ONF Belley, au pied d'un ancêtre planté en 1859 (C. Desplanque)